Hilizil Oon'is

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Hilizil
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Hilizil Oon'is

Message par Hilizil » ven. août 24, 2018 10:21 am

Image
Compte de la joueuse : Elseneur
Compte forum : Hilizil
Compte Discord : Elsie


Race : Elfe
Sexe : féminin
Âge lors de son arrivée IG :115 ans
Taille : 1m 38
Poids : Entre 34 et 37 kilos
Pilosité : Chevelure blonde clair, bouclée, portée plutôt court.
Yeux : vert aquatique
Divinité : La seldarine, Sashelas

Build envisagé
: Barde pure

Description physique
:

Un mètre trente-huit, trente-cinq kilos. Peut-être un peu plus, Peut-être un peu moins. C’est un concentré de grâce que cette elfe délicate à la peau pâle et aux boucles d’or clair aussi rétives que des vagues. On pourrait la croire fragile s’il n’y avait ce vaste regard. D’un vert aquatique, il laisse percer son intelligence et un brin d’irrévérence. Parfaitement éduquée sans rien de maniéré, elle ne cache pas ses origines aristocratiques, mais ne les mets pas non plus en avant. Sa mise est toujours élégante et propre.
Enfin il y a sa voix. Veloutée, parfaitement modulée, qui traverse l’air sans qu’elle ait besoin de la hausser. Un peu plus grave qu’on ne penserait et qui confirme qu’elle n’est pas une oie blanche.

Traits de personnalité : Solitaire sociable. Perfectionniste. Orgueilleuse. Peu indulgente envers elle-même. Rigoureuse. Méfiante. Affable et bienveillante. Artiste jusqu'aux bouts des ongles. Intello et séductrice. Indépendante.
__________________________________________________________________________________________________________________________

Il est d’usage, quand on commence un écrit sur une « héroïne », de bien préciser qu’elle était belle. Il semble en effet que rien d’intéressant n’arrive jamais aux visages ingrats.

Belle, elle l’était sans conteste. Une créature délicate à la peau de marbre, ou de nacre, choisissez selon votre préférence, à l’extraordinaire chevelure blond pâle, aux yeux d’un vert aquatique. Effectivement, Hilizil Oon’is avait tout de l’héroïne innocente de quelque conte de fée ou roman sentimental. Mais nul peut être ne se ressemblait aussi peu. Ce n’était pas sa beauté qui lui donnait son mordant. Ce n’était pas ses charmes qui lui donnait son talent. La jolies têtes vides n’ont pas beaucoup d’opportunités dans la vie. Peut-être était-ce parce que, très tôt, elle avait saisi les limites de la chose qu’elle avait au corps cette volonté féroce d’accomplissement. Elle ne voulait pas être le trophée ou le bibelot de quelqu’un d'autre.

Des héroïnes romanesques, elle avait aussi vécu les drames. Mais là aussi, elle faisait mentir la suite. On a coutume d’attribuer la capacité de survie aux épreuves qui brisent l’âme à quelque force personnelle mystérieuse, mais que l’Amour, le seul et l’unique, permet d’en guérir. Elle savait, depuis longtemps, que c’était là des foutaises destinées à consoler (à enfermer) les jeunes filles d’être condamnées à des rôles de second plan. Elle avait assez vécu pour savoir que l’amour n’est pas une panacée. Il peut être une cerise sur le gâteau de la vie. Mais pas pour elle. La vertu, la pureté, c’était pour les futures victimes.

Elle avait des principe, nuance. Et de l'ambition. Plus qu'il n'était décent pour une femme, là d’où elle venait. Et si elle avait aussi le don de se faire aimer, c'était, de tous ses talents, celui dont elle se méfiait le plus et sur lequel elle comptait le moins.

Peut être, sur ce plan là, avait elle tort. Vous en jugerez par vous même.

Hilizil
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Re: Hilizil Oon'is

Message par Hilizil » ven. août 24, 2018 5:26 pm

I. L'Orpheline

Manoir Oon'is, Aigue-mer (Côte des épées), 115 ans plus tôt

Le temps semblait s’être arrêté. Comme souvent dans ces occasions, la plupart des membres de la maisonnée s’étaient emmurés dans leur chagrin. Mais l’intendance fonctionnait toujours car une âme plus forte et plus dévouée que les autres y veillait. Grâce à elle, la vie continuait. Les serviteurs faisaient leur office avec diligence sous sa direction. Et par une ironie dont la vie a le secret, elle se nommait Nienna.

En elfique, ce nom signifie « Deuil ». Il lui avait été donné par le Seigneur, fort dépité de constater que son premier enfant n’était pas un garçon. Ce n’est pas là la coutume du beau peuple, mais une certaine misogynie était de mise dans cette étrange famille. Il est juste de préciser qu’il eut par la suite quelques regrets à ce propos. Mais, et cela résumait bien les relations entre le père et la fille, il ne les exprima jamais à voix haute.

Ainsi, tandis que tous, y compris son père, pleuraient, Nienna examinait le travail aux cuisines, celui des lingères et des filles de chambre, réglait un différend entre deux pêcheurs, anticipait les soucis à venir et veillait à ce que le petit être qui pleurait dans son berceau soit propre et nourri. Mais elle n’avait guère le temps de lui prodiguer de la tendresse. Et quand bien même l’eut elle eue qu’elle ne s’en serait pas sentie capable ou même en droit de le faire. Après tout, Idril était morte. C’était trop lui demander alors que tout pesait sur ses fines épaules.

Bien des années plus tard, L’ainée des enfants de Singollo devait reconnaitre que la petite aurait dû au contraire être particulièrement choyée à cet instant. Ne venait-elle pas de perdre sa mère ? Elle aussi était en deuil.

Une dernière tâche devait être menée à bien. Nienna avait reculé autant que possible ce moment. L’enfant dans les bras, elle se dirigea vers le bureau de Singollo et toqua à la porte.

« Entrez. » La voix du seigneur était lasse.

« Pardonne-moi de te déranger. Mais le soleil va bientôt se coucher. Et elle n’a pas encore de nom… »
Nienna leva les yeux sur son père et ne put réfréner une douloureuse surprise. En un jour de temps, Singollo avait vieilli. Non pas à la manière des elfes, mais plus à la façon des humains… La crainte la prit qu’il ne tienne pas la promesse faite à la morte.

Elle resta coite et attendit. L’enfant portait les stigmates. Singollo le savait. Ordinairement, ces nouveaux nés là ne voyaient pas finir le jour. Telle était l’ambiguïté des Oon’is : issus de la mer, mais la tenant cruellement à distance. Idril avait supplié avant d’expirer…

Les cheveux blonds du Patriarche avaient blanchis, ses joues s’étaient creusées et son visage s’était ridé comme une pomme. Pourtant, chacun de ses mouvements était emprunt de grâce et d’une sévère autorité. La crainte la quitta. La souffrance l’avait certes marqué d’une façon rarissime chez le beau peuple, mais il restait le Seigneur d’Aigue-mer. Il ne se dédirait pas.

Le vieil elfe porta sur le bébé qui geignait un regard peu amène. Lors, il y eut un miracle...

« Mais elle est ravissante ! As-tu vu cela ? On dirait sa mère au même âge… »

Il sourit devant la petite bouille encore un peu fripée ou deux immenses miroirs lui renvoyaient son image.

« Elle a l’air très vive…
- Père…. Il lui faut un nom. »

Le soleil descendait de plus en plus sur l’horizon et les règles de la maison étaient stricte : L’enfant devait être nommée et présentée à la mer avant la fin du premier jour de sa vie.

Singollo sembla se réveiller.

« Tu as raison. » Il prit alors l’enfant dans ses bras, à la grande surprise de Nienna. Singollo n’était pas vraiment du genre à pouponner. Les deux elfes sortirent du manoir et descendirent vers une petite crique sablonneuse. Là, le vieux seigneur entra dans l’eau jusqu’aux cuisses et psalmodia, tendant l’enfant vagissante devant lui.

« Par la Terre et la Mer, le sable, le sel et la Seldarine
De Lorindol le Marin et sa dame Amphitritè, voici la graine vivace !
Car nous sommes de la mer !
Et à la mer, un jour, nous reviendrons. »

Puis il immergea complètement le bébé pendant un bref instant, avant que de le retirer, hurlant, crachant, pour l’emmailloter chaudement dans une serviette que Nienna lui tendait.

« Comment se nomme-t-elle ? » fit-elle simplement, quand l’enfant se fut enfin calmée.
- Hilizil. Elle se nomme Hilizil.
- Voilà un prénom des plus ambitieux. »

Le soleil disparut à l’horizon. Au loin, une mouette cria.

Hilizil
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Re: Hilizil Oon'is

Message par Hilizil » ven. août 24, 2018 7:08 pm

II.Aigue-mer

A cet instant, lectrices et lecteurs, qui sont des organismes intelligents, se posent une foule de questions, prêts à refermer ce livre de dépit. Pourquoi n’ont-ils jamais entendu parler d’Aigue-mer ? Comment une fille d’aristocrates peut elle mourir en couche sur la Côte des Épées ? Et surtout… quelle communauté d’elfes inconnue peut se prévaloir d’aussi étranges coutumes ?
Cela ne sent il pas l’exagération romanesque à plein nez ? Qu’ils patientent !

Aigue-Mer ne fut connue durant longtemps que de géographes érudits, d’amateurs de bottins mondains de la Région de la Porte de Baldur et de ses voisins immédiats. Située au nord de la grande cité, à quelques journées à pieds, ce gros village était tout entier tourné vers la mer. Sa crique minuscule interdisait cependant son port à la plupart des navires de commerce. Sur la falaise, les maisons s’entassaient, vives et colorées, de façon que le pêcheur voit très vite son foyer après les longues semaines passées en mer.
Toute cette beauté était trompeuse : c’était probablement le fief le plus pauvre de la région. Un amas de landes et de pierres. Cela, et la conformation des lieus, l’avait en partie protégé des tempêtes de l’Histoire comme sa crique le sauvegardait de celles, plus prosaïques, de la Reine Garce.

Le bourg était dominé par le Manoir Oon’is. De la terre, on ne voyait que ce dernier et quelques maisons de meneurs de chèvres. Sa structure imposante et fortifiée était le témoin d’un temps ou même la pauvreté de ces terres ne fut pas un frein aux affrontements armés.

Le manoir lui-même était de facture naine, grâce à Bifur Barbegivre, membre d’une communauté d’aventuriers depuis longtemps oubliée dont faisaient aussi partie Artus un jeune guerrier humain originaire de la région et Lorindol Oon’is, son meilleur ami, né à des centaines de miles de là, mais tombé amoureux du site.

De fait, quand l’âge eut emporté tous ses compagnons et que nombre de familles en quête de protection se furent massées autour de la bâtisse, c’est tout naturellement qu’il s’y enracina comme Seigneur des lieux. Et si on excepte quelques batailles mémorables contre des brigands et la chasse que les Oon’is firent toujours aux pirates, ce fut un lieu relativement tranquille. Tout au plus trouva t’on qu’un seigneur elfe, pour des humains, c’était original.

Cette paix frugale en dehors des grandes voies commerciales n’attirait pas grand monde. De fait, même les prêtres n’y venaient que de temps en temps pour les fêtes les plus importantes. Le problème était récurrent. Et c’est ce qui couta la vie à la jeune Idril.

Hilizil
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Re: Hilizil Oon'is

Message par Hilizil » dim. août 26, 2018 12:43 pm

III. Idril

A l’époque qui nous occupe, le Seigneur Singollo Oon’is était le Seigneur d’Aigue-mer depuis quelque chose comme deux siècles environ. Il menait la barque d’un gant de fer qui n’avait pas la plus petite touche de velours dessus. Nienna, son aînée, était son intendante. La plupart des gens préféraient avoir affaire à elle. Elle était d’une froideur intimidante, mais on la savait plus souple que son père. Singollo n’en était pas moins juste et avisé et faisait même preuve de générosité avec ses gens.

Afin de faire gagner du prestige à sa maison, il décida de décorer sa demeure de quelques portraits de familles, notamment de ses filles. Il fit donc venir un cousin éloigné, le jeune peintre Falathar Oon’is. Tant qu’à se donner du prestige, autant faire coup double en encourageant les talents familiaux.

Falathar, amené à fréquenter durablement le manoir, en vint à tomber irrémédiablement amoureux de sa cousine, la jeune Idril. De tous les enfants de Singollo, elle était la plus gentille, la plus aimée et la plus ravissante. Elle rendit à Falathar son amour et, encouragée par l’opiniâtreté de sa sœur Nienna, qui avait réussi à imposer à son père l’elfe qu’elle aimait, elle affronta sa désapprobation. Car Singollo, qui estimait que la famille avait trop tendance à l’endogamie (et qui avait bien raison sur ce point), préférait que ses filles épousent en dehors de la famille.

Sans doute aurait il du réfléchir au fait que Falathar était un cousin lointain. C’est bien simple, sa branche n’avait plus la blondeur de la branche principale**. Il aurait pu, mais Singollo avait le défaut de ne pas apprécier qu’on le défie. Nienna l’avait fait, mais ça n’avait pas été sans heurt. Si elle en était ressortie la tête haute, avec l’estime de son père, le fait d’avoir su se rendre indispensable y avait joué un rôle majeur. Mais idril… Idril était sa petite princesse qu’il espérait faire un jour entrer dans une cour elfique, afin de renouer avec leurs origines. C’était assez d’une fille qui lui tenait tête : les autres devaient obéir. Et malheureusement, Idril n’avait pas la sagesse de Nienna, ni sa patiente combattivité.

Et comme elle avait lu un peu trop de romans sentimentaux, elle jugea que la seule façon de faire triompher sa cause était de s’enfuir avec son amoureux. Quand à Falathar, tout ce que pensait et disait Idril était forcément une merveilleuse idée. Il suivit.

Les deux jeunes elfes se marièrent à La Porte de Baldur et vécurent, durant deux ans, la vie de Bohême, jusqu’à ce que Idril, bien enceinte, décide que tout de même, il serait mieux de se réconcilier avec la famille. La dèche, c’est parfois gérable pour deux jeunes adultes débrouillards, mais quand un bébé s’ajoute dans l’équation, il devient indispensable de mettre de côté sa fierté pour mûrir un gros coup. Et Falathar, une fois encore, était pleinement d’accord avec ça.

On ne s’explique donc pas pourquoi Idril était seule et en état de choc quand elle tambourina à la porte du manoir. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle expira en mettant au monde sa fille. Et Falathar, jugé responsable, devint un sujet tabou. On ne se soucia guère de son sort et pour dire la vérité, Singollo l’eut volontiers étranglé en personne.

Quand à la petite Hilizil, si elle fut un peu négligée durant les premières heures de sa vie, il est juste de dire qu’on se rattrapa et que les dix années suivantes furent les plus heureuses et insouciantes de sa jeune existence.
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*Ce n’était pas un Oon’is, mais Alessen Delaran, époux de Nienna Oon’is n’avait pas vraiment de biens, n’était pas le moins du monde arcaniste et pratiquait un métier incompris de la plupart des gens, qui ne rapportait en outre pas beaucoup : Il était philologue. Il passait globalement pour un gentil professeur excentrique que son épouse gérait à la manière d’un enfant supplémentaire.
**Le gène blond est d’ordinaire un gène récessif. Mais pas chez les oon’is.

Hilizil
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Re: Hilizil Oon'is

Message par Hilizil » lun. août 27, 2018 11:53 am

IV. Les Oon'is

Un très célèbre auteur* disait que les jours heureux sont vite racontés. Effectivement on pourrait vous détailler son éducation, ses amitiés, les inévitables petits accidents, petits bobos et gros chagrins qu’une enfance sommes toute terriblement normale. Il y eut bien sur des événements notables, des terreurs enfantines, de grosses bêtises et d’autres plus risibles. Les premières erreurs et les premières grandes leçons qui les accompagnent. Ce serait assez inutile et ennuyeux.

C’était une enfant gaie, curieuse, et absolument intenable. Si son grand père l’avait d’abord aimée pour surmonter le deuil qui l’avait brisé, il ne put pas longtemps s’illusionner : Hilizil n’était pas Idril. Il apprit donc à l’aimer pour elle-même. Nienna lui vouait également de l’affection mais ne la montrait guère. Son amour passait tout entier dans le zèle qu’elle mettait à contrer l’influence du papy gâteau. Hilizil se savait donc inconditionnellement aimée. Rien n’est plus important, pour un enfant, que de savoir cela.

Ce fut Nienna qui lui fit découvrir la musique, afin de la cadrer. Et c’est par ce biais que l’enfant allait découvrir le travail, la discipline et la satisfaction d’en recueillir les fruits. Ce fut également Nienna qui insista auprès de Singollo pour qu’on recrute un maitre de musique. Hilizil se révélait trop douée pour que sa tutelle suffise.

Ainsi, Hilizil se bâtissait doucement. D’un côté, les apprentissages traditionnels d’une demoiselle. De l’autre, le savoir moins ordinaire qu’un Grand père vénéré lui prodiguait : qu’est un sextant, pourquoi les rémoras s’accrochent aux requins, comment parer un coup avec une épée de bois… ce genre de choses. Singollo était pourtant un traditionnaliste. Mais il connaissait bien sa petite fille et pressentait que cette enfant là ne se satisferait pas d’un second rôle. Et comme il l’aimait infiniment, il l’accepta. Il faut dire qu’il lui suffisait largement d’avoir perdu sa mère.

Et il savait en outre qu'hormis Nienna, ses fils, son époux et lui-même, la très grande majorité des elfes de la maisonnée vouait à l’innocente enfant un certain mépris. Certains allaient même jusqu’à suggérer discrètement qu’avoir laissé vivre une petite « marquée » était une erreur.

Les Oon’is étaient un véritable clan. La majeure partie vivait à Aigue-mer, soit au manoir même, soit dans les plus jolies maisons du bourg, dont ils formaient la classe dirigeante. Un certain nombre d’entre eux avaient dû s’exiler, soit parce que l’on ne pouvait quand même pas exproprier des pêcheurs, soit de leur propre choix, afin d’échapper à l’ambiance pesante de la famille. Ils étaient très fiers d’être des elfes. Très fiers de leur longévité et arguaient que rien n’était mieux, pour les humains, que des gens capables de faire leur bien sur du long terme.

Vous sentez la petite pointe de paternalisme là ?

Ils étaient donc racistes, avec une nette conscience de leur classe « supérieure. » La plupart d’entre eux avaient adoré Idril, dont la beauté flattait leurs égos. Ils vivaient mal de revoir cette beauté sur le visage d’une marquée et le percevaient comme le signe d’une déchéance à venir.

Ils ne côtoyaient pour ainsi dire pas grand monde en dehors de leurs gens. Les elfes qui les fréquentaient étaient globalement ceux qui vivaient déjà en milieu humains et étaient capables de supporter leur pédanterie. C’est bien simple, même Singollo les trouvait globalement fatigants. Ce qui explique que tous ne se mariaient pas. Des cinq enfants du Patriarche, seules ses filles avaient convolé. Ses deux fils demeuraient célibataires. Heureusement, quand mariage il y avait, les enfants étaient relativement nombreux. Hilizil était la seule à ne pas avoir de frères et sœurs. Elle avait cependant une multitude de cousins de divers degrés.

Tous n’avaient pas le droit de jouer avec elle, cela dit. De toute façon, elle n’en avait guère l’envie. Si on excepte les fils de Nienna, un peu trop grands et une cousine, Ar-Feiniel , elle préférait s’amuser avec les gamins des pêcheurs, dans le plus total mépris de son rang. Cela aussi, cela faisait jaser. D’autant plus que Singollo la laissait faire et affichait sans complexe qu’elle était sa petite préférée. Cela déplaisait souverainement. Mais le Oon’is lambda n’est pas seulement raciste, moutonnier et superficiel, il est aussi assez peu courageux. Tous craignaient Singollo et ses colères et quoiqu’ils pensent de l’enfant, ils évitaient de se montrer trop audacieux devant lui. Tant qu’il la protégerait, la petite Hilizil serait intouchable.
__________________________________________________________________________________________________________________________
*De Tolkien, dans le Hobbit.

Hilizil
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Re: Hilizil Oon'is

Message par Hilizil » mar. août 28, 2018 12:47 pm

V. Monsieur Humbert

Aigue-Mer, 105 auparavant

Singollo commençait à fatiguer. Ce monceau de paperasses ne finirait il donc jamais ? Les affaires de la Seigneurie se faisaient bien lourdes, ces dernières années. Certes, ils avaient vu pire, bien pire. Mais le droit de mouillage de leur petit port était à peine rentable. Ce n’était pas encore demain que la Maison Oon’is pourrait afficher un faste à la hauteur de ses ambitions. Il soupira quand on frappa. Il dut mettre un peu d’impatience dans son « Entrez !».

Monsieur Humbert s’avança. C’était un humain qu’on qualifierait de « mûr » et « potelé ». S’il y avait, dans toute sa pesante personne, une prétention à la grâce qui n’était pas sans faire sourire, il n’en était pas moins un parfait Maître de musique, tout à fait compétent et sagace. Singollo l’avait engagé à la demande de Nienna. La Petite avait fait de tels progrès qu’elle n’avait plus la compétence suffisante pour faire son éducation musicale. Il lui fallait un vrai professionnel. Malgré la dépense que cela signifiait, Singollo n’avait pas bronché.

« Bonsoir Sire Singollo. Puis je solliciter avec vous un entretien ?
- Qu’a-t-elle donc fait ? »
fit l’elfe, amusé par l’air grave de son employé.
« Oh rien, rien. Elle est vive, c’est certain… parfois dissipée, mais je n’ai pas à me plaindre…
- Alors qu’est ce qui vous amène ? »


Le Bedonnant musicologue avala sa salive. Le Seigneur Singollo, l’intimidait toujours. Malgré sa petite taille, il faisait l’impression d’un grand homme. La mort de sa fille puinée, entre autres épreuves, l’avait vieilli, mais il gardait intacte sa sévère détermination et son ample robe d’un gris sombre lui donnait une certaine majesté. Oui, Singollo Oon’is était un Grand Seigneur. Et aucun de ses servants n’était très à l’aise à l’idée d’aller à l’encontre de ses volontés…

« Votre fille m’avait précisé que vous destiniez la petite à l’étude de la magie…
- Oui… Et alors ? Ne me dites pas qu’elle n’a pas les qualités nécessaires, ce n’est pas à vous de juger de cela.
- Pourtant... Je le crains.
- Foutaises ! Ma petite fille est très intelligente ! »


L’espace d’un instant, l’adipeux chanteur examina la possibilité d’une retraite. Mais il est à croire que même les moutons ont en eux les ressources d’un courage inattendu, car il résolut de tenir tête au vieil elfe…

« Certes, Hilizil est intelligente, et elle a le goût de la lecture. Mais vous conviendrez qu’elle a une façon bien à elle d’acquérir le savoir et que rester enfermée des jours durant pour mener à bien une recherche n’est pas dans sa nature très... vivante.»


Singollo se calma. Il devait bien admettre que Monsieur Humbert marquait un point. Ce dernier s’enhardit.

« Elle possède cependant un don.
- La musique, oui. Vous prêchez là pour votre paroisse et je ne vous en veux pas. Mais, sauf votre respect, vous n’êtes pas vraiment représentatif. Les musiciens mènent trop souvent une vie de Bohême. Ils meurent parfois de faim. Je ne le souhaite pas pour elle…
- Vous ne comprenez pas. »


Humbert avala sa salive à nouveau.

« C’est une BARDE. Elle a le don. Tous les musiciens ne le possèdent pas. Moi-même je n’ai jamais pu exercer la moindre magie bardique.»

Dans ces quelques mots, il livrait à Singollo le drame de sa vie. Et c’est ce qui lui donna la force de continuer.

« Par ailleurs, je me permets d'insister : ce n'est pas une petite fille qui a bien appris ses leçons mais une virtuose ! Que les dons artistiques et magiques se soient manifestés chez une enfant si jeune laisse présager un magnifique avenir. Il serait criminel, un véritable gâchis que de ne pas la pousser dans cette voie. C’est une bénédiction pour votre Maison. Quel renom ne tirerait-elle pas de la présence d’une artiste de haut vol en son sein ?
Je crois qu’elle devrait être envoyée dans une grande cité. Elle y serait prise en charge par un barde confirmé. Un mécène pourrait même s’intéresser à elle. Sans parler du fait qu’avec son allure, elle pourrait aller jusqu’à se tailler une place de choix au sein de quelque cour et gagner beaucoup d’or. »


Le Vieux Seigneur avait attentivement écouté. Il pensa à tout ce qui deviendrait plus facile avec juste un peu plus de Renommée. Il pensa à ses vieux rêves…

L’avenir de sa Maison dépendrait-il des dons d’une enfant ? Quelle fabuleuse revanche, alors qu’une grande part des siens la regardait de travers. Maudits soient ces fichus stigmates et son imbécile de père ! Il pensa aux armes de sa famille. Sirène d’argent sur fond d’azur. On racontait que le fondateur de la lignée avait épousé une de ces créatures et que son sang coulait dans les veines de tous les Oon’is. La vieille légende familiale prenait un relief inattendu…

Oui ce que disait Humbert avait du sens.

Mais pour cela, et son cœur en saignait d’avance, il faudrait se séparer d’elle. Les Oon’is avaient toujours élevés leurs enfants au sein de leur foyer. Ils n’étaient pas les elfes les plus proches des traditions qui soient, mais en cela, ils n’avaient jamais dévié…

« Je vais y réfléchir. »


Le cœur du pauvre Maître de musique bondit de joie. C’était plus facile qu’il n’avait espéré. Il s’était attendu à une bataille, qu’il était prêt à mener, au nom de l’art et des intérêts de son élève.

Plusieurs jours plus tard, Singollo devait exposer à Hilizil, médusée, les projets qu’il avait fait pour elle. Elle en fut à la fois ravie et effrayée, en enfant qu’elle était encore. Bien sûr, il faudrait un certain temps pour lui trouver un mentor qui soit tout à la fois de confiance et digne de son rang. Mais la décision fut arrêtée. Elle serait formée comme barde.

Malheureusement, Hilizil ne partit jamais. Quelques mois après cet entretien, la mélancolie eut raison du vieux Seigneur. Et sous la férule d’Elim Oon’is, il ne fut plus jamais question de cela.
Modifié en dernier par Hilizil le mer. août 29, 2018 12:06 pm, modifié 1 fois.

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Re: Hilizil Oon'is

Message par Hilizil » mer. août 29, 2018 12:05 pm

VI. L'éléphant dans le salon.

Les gens sont bêtes.

Cela parait un lieu commun mais ça se vérifie régulièrement. Face à un problème épineux ou quelqu'un est englué, leur réaction est toujours, globalement la même. « Mais enfin, comment cette personne peut ne pas VOIR que c’est anormal ? Pourquoi reste t’elle dans cette panade ? La solution est si simple !»

Les gens sont bêtes non par incapacité mais par paresse. Ils ne réfléchissent pas mais ils parlent. Et leurs paroles sont binaires. Bien ou mal. Action ou inaction. Aveuglément ou pleine conscience. A aucun moment, bien sûr, ils ne se comptent parmi les aveuglés, les passifs et les mauvais. Ils n’envisagent pas l’autre comme complexe. Ils n’imaginent rien, d’ailleurs ; la bêtise, c’est l’imagination et l’empathie qui ne sont pas convoquées. Reste une analyse froide amputée de deux sources d’informations précieuses.

Et encore. La logique même leur manque. Il y a une très jolie expression, venue d’un autre pays. « Un éléphant au milieu du salon ». Cela désigne ces situations dont l’anormalité est évidente, vue de l’extérieur. Beaucoup imaginent que la personne qu’ils critiquent ne la voient pas. Il y a du paternalisme là-dedans.

Mais si, en fait. Elle la voit parfaitement. Car l’éléphant a toujours été là. Il était juste beaucoup plus petit, presque discret et le salon s’est bâti autour de lui. Il n’a pas toujours eu l’air d’être un vrai problème, pour personne, y compris les critiques les plus virulents. Et puis il a grossi. Et la personne a compris. Elle sait qu’il y a un problème. Elle voit parfaitement. Comment ne le verrait elle pas : elle VIT avec. Ce qu’elle ne voit pas, ce sont les solutions. Parce quand on a un éléphant au milieu de son salon, c’est difficile de réfléchir à comment l’en faire sortir, à part en détruisant le dit salon, et peut être même sa maison. C’est une solution qui parait aisée à mettre en œuvre quand on n’est pas dedans et qu’on peut envisager d’avoir une autre maison. Dans tous les cas, ça prend du temps et ça n’est pas indolore.

Quelques mois après que les dons bardiques de Hilizil se soient révélés, son Grand père adoré les quittaient. Et Nienna la sage commit une erreur. Elle vit bien un éléphant qui avait grossi, mais elle se trompa sur la nature de la menace.

Il était difficile de ne pas le voir, cet éléphant. Alessen, son époux, d’ordinaire si discret en était sorti de sa réserve. « Mon cher Amour », lui avait-il dit « Nous ferions mieux de quitter ce village avec nos enfants et ta nièce et de ne plus y remettre les pieds. » Et elle aurait effectivement dû suivre ce conseil. Elle devait souvent se le reprocher par la suite. Mais l’idée que la fille de cette sœur qu’elle n’avait pu sauver soit flouée de ses droits l’indignait. Et puis il y avait les gens que les Oon’is gouvernaient… Ils auraient besoin qu’une personne au moins au Manoir se souciât d’eux : l’avenir s’annonçait bien sombre.

C’était en effet Elim, l’ainé de ses fils, qui succédait à Singollo. Le vieux Seigneur avait un temps caressé l'idée de confier la seigneurie à Nienna, changeant ainsi, de fait, les lois de succession de la famille. Mais le temps l'avait rattrapé. Elim était un être instable, colérique et orgueilleux, en grande partie par la faute de son père, qui s’était toujours montré d’une grande dureté envers lui. Il n’avait jamais digéré la mort d’Idril. Nienna pensait qu’il saisirait la moindre occasion de chasser son enfant. Aussi s’arrangea t’elle pour que ce soit Hilizil qui chante le cantique funèbre traditionnel aux obsèques. Cela l’ancrait dans l’Histoire de la famille et la rendait plus difficile à évincer. Les Oon’is étaient un brin superstitieux et bigots.

Par ailleurs, elle était prête à peser de tout son poids pour la protéger. Elim aurait besoin d’elle. Elle était indispensable en tant qu’Intendante. Il ne ferait rien qui risque de se mettre Nienna à dos.

Du moins l’espérait elle.

Dans les semaines qui suivirent, Hilizil, bientôt onze ans, perdit le droit de sortir seule. Elle dut se conformer à un emploi du temps strict, dicté par son oncle, lequel décréta que ces bêtises bardiques, c’était fini. Elle ferait des études de magie et serait priée de se conduire convenablement jusqu’à ce qu’on lui trouve un époux. Nienna sentit qu’il y avait derrière cela quelque chose qu’elle n’avait pas vu, pas senti arriver. Elle eut peur. Mais c’était trop tard. Elle se soumit, en apparence.

Hilizil, elle, entra littéralement en guerre contre son oncle.

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